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LA PROMESSE DES CHIENS raconte l’histoire vraie de Nome, confetti de ville perdu en Alaska et coupé du monde par la glace qui a envahi le Béring. Un jour de janvier 1925, ses 1000 habitants se réveillent avec la peur au ventre : des enfants meurent et les mots épidémie et diphtérie sonnent le glas de l’insouciance. Quand aucun bateau ne peut plus passer, la vie devient fragile. Le seul antidote se trouve à Anchorage, à des centaines de kilomètres : aucune route ni voie navigable n’est accessible. Restent chiens, mushers et traîneaux qui dans un seul et même élan s’élancent dans le blizzard pour une course contre la montre.
Le récit nous emmène du côté de ceux qui attendent, pendus au moindre crépitement des télégrammes. Betty dégaine son vieux Leica pour saisir le moment présent le temps d’une parenthèse enchantée. Un dictionnaire permet de s’évader, une coupe de cheveux improvisée permet de rire, une pose photo permet de s’extraire de la cruelle attente et de la tragédie en cours. L’ardeur d’Ada pour son fils Bennett, la maintient dans un qui-vive permanent. L’épreuve soude les cœurs et les corps et appelle calme et entraide. L’hiver est interminable et tout le monde le subit : certains oiseaux nagent sous la glace et de rares chiens décrivent des 8 dans la neige comme atteints d’une folie éphémère.
« Les jours sont ronds et ils ne vont vers rien. Et en n’allant vers rien, ils vont là où ils doivent ».
Quand le récit bascule du côté de l’action, la menace claque comme un coup de fouet. Les chiens n’arrêtent plus de courir, les hommes hurlent les ordres, la glace est fragile, le froid cinglant, et les loups veillent au moindre dérapage de l’attelage.
Dans une langue âpre, rugueuse et puissante, Claudie Gallay nous redit à quel point l’alliance inter-espèces est belle. Et nécessaire. Que se couper de ce qui nous entoure, c’est être voué à la stérilité d’un monde qui court à sa perte. Ode au courage de ceux qui partent et ceux qui restent, ce récit ultra sensoriel évoque l’odeur de la mer qui se fige, la texture d’une neige boueuse qui colle aux bottes, les aurores polaires uniques lumières des morts qui dansent, le ciel plombant couleur plâtre.
Le peuple autochtone des Inupiats profondément lié au monde animal croie à la puissance des signes. Apercevoir une louve au loin signifie partir ou rester, être regardé par un phoque est une grâce. Voir un harfang des neiges – messager des dieux – porte chance. Tout est relié, tout marche ensemble en un seul et même cycle. Pour survivre, il faut savoir s’orienter et comprendre la neige, sa surface, sa couleur, ses ondulations, pour sentir le vent et lire les ombres sur les crêtes.
Ours, rennes, loups, mouflon, renard, chiens, habitent ce récit d’une poésie cadencée et onirique.
« Se relier signifie devenir,
être plus fort de ce qui entoure »
LA PROMESSE DES CHIENS est un titre douloureusement beau. Le lien qui unit mushers et bêtes est d’une force indicible, unique planche de salut aussi solide qu’une certitude. Il faut habiter ensemble le même monde avec le sang en carburant et le courage en étincelle.
Roman mystique et animiste qui réenchante Gaïa et en saisit sa quintessence avec grâce et miséricorde : seul vrai pouvoir de l’amour pour affirmer la grandeur de la vie face à l’épreuve.
« Tout est lié, les hommes et les bêtes, et la mer, le ciel, et les herbes, tout est pareil, si on veut comprendre l’un il faut comprendre l’autre ».