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Colin Niel est un ardent défenseur de la biodiversité et ancien professionnel des parcs nationaux. Dans ce roman choral sur le destin de trois familles en quête éperdue de transmission, il entrelace nature et humains comme deux pieds de ronce se façonnant mutuellement au gré des saisons. L’amoureux des grands espaces nous parle de renaissance, de réalisation de soi, de préservation du monde sauvage sans lequel nous ne pourrions survivre. À nous de décrypter ce que ‘Le septième siffleur’ laisse présager.
Le Maroc, les Highlands et la baie de Somme sont le théâtre de destinées plurielles qui dansent au son du chant du courlis cendré, aujourd’hui menacé par la destruction de son habitat. Oiseau migrateur au long cours, ses escales sont essentielles pour se nourrir, se reposer et reprendre un périple digne des plus grands athlètes.
Dans la lande écossaise battue par les vents, un programme d’agroenvironnement subventionne les fermiers acceptant de pratiquer une activité agricole respectant l’écosystème environnant. Fiona lutte contre ses propres démons et contre le drame qui dévaste sa famille. Sauver des limicoles de l’extinction pour se mettre au monde ? S’affranchir pour ne plus subir : un souffle neuf l’habite.
La chasse au gibier d’eau est un rendez-vous que Willy ne raterait pour rien au monde. Quand la Baie de Somme devient miroir, lui le sauvaginier par passion, scrute les minuscules silhouettes à plumes au creux des vagues. Mars est le mois de la migration. De grands mouvements zèbrent le ciel, témoin d’un chassé – croisé entre hivernants, estivants et oiseaux de passage. Une petite halte et c’est reparti. Sauf si on se prend un tir de plomb dans l’aile.
Chaque année des milliers d’échassiers se donnent rendez-vous sur la côte marocaine. Hamza dernier de la fratrie à être resté au village, n’a pas le cœur à la contemplation. Il a des rêves d’ailleurs. De prendre le large. De migrer lui aussi. « Il l’envie, ses ailes que tout rend possible. Qui lui ouvre le monde quand lui-même est coincé dans ce village. Il se surprend à parler à l’oiseau : comment c’est l’Espagne ? ». Mais migrer, n’est peut-être pas la seule manière de prendre sa vie en main.
Que raconte la terre qui nous a vu naître ? Sommes-nous irrémédiablement attachés à nos racines et comme les oiseaux migrateurs, pouvons-nous trouver un ailleurs plus vaste et prometteur. Faune et flore sauvage nous sont indispensables pas seulement pour notre propre survie mais pour ce qu’elles apportent à nos façons d’être au monde.
Avec cette histoire de transmission, de migration, de (re)naissance Colin Niel nous exhorte à repenser notre place dans le monde. Ses mots sont comme des tableaux.
« Bécasseaux en meutes fébriles le long des rives mouvantes, et s’envolant parfois en hypnotiques murmurations, pluviers dressés plus loin en soldats majestueux, tournepierres et gravelots aux plumages camouflés sur plages et laisses de mer. Marins ou argentés, les goélands posaient massifs sur bancs de sable et îlots, tandis que le ciel bruissait des nuées de mouettes rieuses ».
D’invisibles passerelles tissées entre le ciel et la terre redonnent aux trois familles, la foi, l’espoir, l’envie de faire différemment. Des mondes que tout oppose sont réunis le temps d’un regard vers le ciel, vers un oiseau qui passe et qui vous sauve avec son pourvoir régénérateur.
Colin Niel tout en subtilité et en arabesques de plumes, ne sombre jamais dans le manichéisme. Chasseurs de gibier d’eau, protecteurs de la nature tous ont voix au chapitre. Face à un monde qui change de plus en plus vite, le vol du courlis cendré relève de l’exploit. Quand tout s’effondre autour de nous que peut-on transmettre à ses enfants ? Le destin de ces familles qui jamais ne se rencontreront est lié par le courlis cendré qui les connecte. D’un territoire à l’autre, l’oiseau rapporte quelque chose de la présence de l’homme qu’il rencontre lors de ses périples. En nichant sur des terres agricoles ou au creux d’estuaires, la cohabitation s’avère de plus en plus complexe. Quel lien construisons-nous avec les territoires que nous habitons ?
Dans un murmure de contemplation l’auteur n’a qu’un souhait :
« Puissent les courlis cendrés continuer longtemps de siffler dans nos cieux leurs deux notes désormais bien ancrées en moi ».