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Comment réduire durablement notre taux de cortisol ? En prenant un bain de chants d’oiseaux de 6 minutes pardi ! C’est scientifiquement prouvé. Observer ce rossignol qui s’égosille en trilles vertigineuses est hautement recommandé pour notre équilibre. Le guide ‘ORNITHÉRAPIE’ a été couvé par 2 naturalistes passionnés. Elise Rousseau et Philippe Dubois arpentent le monde et disent ici leur fascination pour l’étude des oiseaux, vecteur de bien être pour notre plus grand plaisir entrainant bienfaits thérapeutiques mentaux et physiques. Rien de tel contre l’écoanxiété qui gagne du terrain. À l’heure où la LPO manifeste pour porter le deuil de la nature et sa disparition annoncée, cette invitation à alléger notre existence tombe à pic.
UNE RENCONTRE GUÉRISSEUSE
Une approche libre aux vertus thérapeutiques pour nous réconcilier avec la nature et nous-mêmes en se reconnectant à l’instant et l’instinct : c’est ça aussi faire alliance avec le peuple animal. Ces alliés ailés qui se gobergent à longueur de temps tout en lissant leurs plumages n’ont pas leur pareil pour nous faire du bien. Dans le Michigan la corrélation entre une biodiversité aviaire forte, et une diminution des hospitalisations pour troubles d’humeur et états anxieux, est prouvée. Selon Hippocrate ‘La nature elle-même est le meilleur médecin’. En sollicitant nos sens comme l’ouïe et la vue qui peuvent se cultiver, en développant patience, humilité et discrétion, en veillant à ne jamais faire s’envoler un oiseau : ce serait un échec pour nous et une dépense d’énergie inutile pour lui. Rentrer dans son intimité en posant un nom sur l’espèce, passer du voir et entendre au regarder et écouter. Cette mésange à calotte bleue, ce pouillot avec un sourcil plus marqué que l’autre, cette chouette hulotte avec une tête en forme de cœur : tant de détails qui consolident notre mémoire. L’observation d’espèces nocturnes permet de vaincre nos peurs enfantines. Les effraies des clochers, pâles fantômes nous enveloppent de leurs chuintements profonds. Rien de lugubre. Leurs nuits sont nos jours : un refuge à l’hostilité du monde.
Les premiers solistes se font la voix quand la lumière frémit à l’Est : le rougegorge distille des notes cristallines alors que le merle noir entame un chant plein et grave. Le niveau sonore s’élève et les savoir si confiants à nos côtés procure déjà un sentiment de paix. Maintenir une acuité auditive, s’entrainer à l’écoute des sons est un exercice parfait pour la méditation. Cette école de l’attente sera un premier pas vers l’émerveillement. L’oiseau est un incroyable sujet d’étude pour les passionnés, les scientifiques ou les promeneurs d’un jour. Le birding ou birdwatching fait fureur dans les pays anglo-saxons. Porter une attention non jugeante sur le moment présent s’incarne dans une forme de nettoyage mental. Faire zazen avec un pinson, devenir yogiste comme la mésange à sa mangeoire : tous prennent le temps de se faire du bien. Pourquoi pas nous ? Du cormoran héraldique au héron immobile, du faucon crécerelle planté tout là-haut sur son piquet au cygne qui glisse dans le silence, eux aussi semblent parfois méditer.
En vivant pleinement dans la congruence, ces descendants des dinosaures nous apprennent à une meilleure expression de nos émotions. Ne pas porter de masque, être gai comme un pinson ou fier comme un paon, assumons le fait d’être aussi de drôles d’oiseaux !
EN FINIR AVEC DES CROYANCES LIMITANTES
Les superstitions ont la vie dure, les corvidés le savent bien. Dotés d’une intelligence exceptionnelle ils font partie des ‘nuisibles ‘ ou ESOD. Le rapport homme/oiseau a toujours été ambigu. Ramage et plumage ont inspiré les poètes en vantant la quintessence de la pureté et de la liberté à laquelle nous ne saurions prétendre. Un chant du coq un peu trop matinal, des goélands non bienvenus sur la côte, des hirondelles qui nichent un peu trop près des habitations et voilà que l’humain pétri de fausses certitudes met le bazar.
Partageant avec nous les mêmes milieux naturels, ils ont un rôle indiscutable de sentinelle et d’indicateur de la santé de notre planète dont la principale cause reste la destruction de milieux naturels. Chaque espèce rayée de la planète provoque un affaiblissement de l’ensemble. C’est un biotope entier qui est concerné. Entre 70% et 80% d’insectes en Europe ont déjà disparu. Le garde-manger des volatiles se réduit comme peau de chagrin. En choisissant de cheminer avec eux, en s’inspirant de leur vie, nous pourrons sans nul doute freiner la course folle d’un monde qui se délite en silence. L’ornithérapie est aussi basée sur la science dite participative ou citoyenne ou collective soit la mise en commun de données scientifiques : se balader dans un milieu urbain, croiser une corneille, relever son numéro de bague à la patte, rapporter l’info à qui de droit, c’est devenir une particule de la mémoire ornithologique. Alors que la France vient récemment d’adopter un texte de loi assouplissant l’utilisation de pesticides, alors que régression contre-intuitive et rétropédalage sonnent le glas, il est plus que jamais précieux de cultiver et d’entretenir la mémoire des oiseaux pour éviter l’amnésie écologique qui nous revient déjà en pleine face et de façon virulente. Soyons passeurs, dessinons, louons, écrivons, chantons, sifflons à l’image de ces 2 stupéfiants siffleurs d’oiseaux imitant à la perfection le chant du pinson du Canigou ou de la mésange charbonnière. Bluffant.
CRI D’ALARME
En se connectant à leur temporalité, en retrouvant cet émerveillement qui nous fait tant défaut, peut -être arriverons nous à infléchir la courbe dramatique soulignée à l’encre indélébile dans un énième rapport scientifique affolant : à l’échelle mondiale la moitié des 11 000 espèces d’oiseaux recensées sont en déclin. 800 millions d’oiseaux ont disparu en Europe. L’alerte a été donnée dès 1962 avec le prémonitoire ‘PRINTEMPS SILENCIEUX’ de Rachel Carson, pionnière dans la dénonciation des pesticides.
En refermant ce précieux guide qui nous fait passer de promeneur passif à spectateur attentif, un monde peu connu s’ouvre à nous. Nous ne saurons jamais ce qu’ils chantent mais peu importe ! Les oiseaux nous rappellent que nous faisons partie d’un tout, que l’entraide peut se faire sous toutes ses formes. Le monde sauvage existe aussi en ville : tout ce que vous pouvez faire de bénéfique pour la nature le sera pour les oiseaux, ils sont de véritables indicateurs fiables de la santé de notre monde. Le nôtre plus intérieur, et l’autre, dans lequel nous évoluons.
Cela se voit et s’entend, le silence se fait petit à petit. Que la peur qui nous saisisse d’entendre le silence abyssal de nos campagnes, jardins, forêts et littoraux devienne un moteur pour agir. Mais comment ? Peut-être en suivant le conseil de CONWAY MC MILLAN spécialiste des condors qui nous parle :
» Ce qui compte vraiment dans la sauvegarde des condors et de leurs congénères, ce n’est pas tant que nous avons besoin des condors, c’est que nous avons besoin de développer les qualités humaines qui sont nécessaires pour les sauver. Car ce sont celles-là mêmes dont nous aurons besoin pour nous sauver nous-mêmes «