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En mettant l’empathie et l’émerveillement au cœur de la recherche scientifique, Fabienne Delfour cétologue et docteur en éthologie cognitive nous invite à passer en mode aquatique ! Cette palpitante immersion dans le quotidien de son métier en dit long sur ce désir profond de transmettre des connaissances scientifiques souvent confidentielles et peu accessibles au grand public. Le cocon tissé par l’écriture la rassure, nuage de souvenirs et d’émotions. Petite elle voulait dormir dans la niche du chien pour en expérimenter le confort, aujourd’hui elle nage avec les habitants des fonds marins.
‘LA SENSIBILITÉ DU CACHALOT ‘ retrace son parcours aux quatre coins du globe oscillant en permanence entre émerveillement, surprise, frustration, tristesse ou exaltation. Le récit à la première personne nous embarque en ouvrant les portes d’un monde méconnu. Pour se plonger dans le bain avec délectation, de nombreux QR codes invitent au voyage aux côtés des cachalots, baleines, dauphins et belougas.
Saviez-vous que l’Aquitaine possède un patrimoine caché ? Le Gouf de Capbreton, l’un des rares canyons sous-marins long de 300 kms qui atteint près de 4000 mètres de fond. Point de départ du récit, Fabienne Delfour y plonge un jour son hydrophone : une jeune baleine à bosse est entourée par une myriade de globicéphales noirs ! Le spectacle est tout aussi saisissant qu’il électrise tous ses sens. Sur l’eau quand il est question d’assurer le quart en pleine nuit, c’est plutôt un état de torpeur méditatif qui l’habite, sorte de métamorphose et d’incarnation ouatée de l’Océan.
30 ans d’amour pour les cétacés ont renforcé sa conviction : être chercheur c’est faire partie de la solution et non du problème. Il faut réduire les interactions humain-animal et démultiplier l’effet WAOW ! En consacrant l’intégralité de sa vie professionnelle à tenter de les comprendre elle a appris à vivre à leur manière. Ce récit très personnel s’apparente à une apologie de la courtoisie vis-à-vis des autres espèces animales non humaines aquatiques. La priorité ? Les percevoir comme des altérités subjectives qui pensent à la première personne.
QU’EN EST-IL DE NOTRE PERCEPTION ?
La manière dont nous percevons un animal influence directement notre comportement envers lui. Il faut s’intéresser à sa trajectoire et son individualité, appréhender son comportement comme une sorte de langage unique. Un dauphin en colère adopte une posture en S et émet une bulle en forme de roue de vélo. Ayant peu de moyens d’extérioriser leurs états émotionnels, les mammifères marins adoptent vocalises, mouvements ou postures. Dans ce monde du silence et du mouvement, ils laissent peu de traces derrière eux : leurs bulles sont des messages, leurs frottements contre les galets des témoignages discrets de leurs passages.
MIEUX COMPRENDRE POUR PROTEGER
À l’ère de l’Anthropocène il est vital de reconsidérer le développement d’une psychologie environnementale globale. Le concept ONE HEALTH abonde dans ce sens. La santé des cétacés, celle de l’Océan et la nôtre : tout est lié. En devenant en 2024 experte pour l’UICN, Fabienne Delfour remet en lumière l’importance cruciale des territoires ultra-marins trop souvent oubliés qui hébergent environ 80% de la biodiversité. Cri d’alarme et déclaration d’amour, ce récit met aussi en garde contre l’anthropisation des habitats. Au Canada la pollution sonore freine le succès des orques qui peinent à chasser, le bruit affaiblissant leur capacités à détecter par écholocalisation.
Fabienne Delfour veut choisir les armes avec lesquelles elle devra combattre pour continuer de rêver, de ‘protéger sa santé mentale (dixit) et se tourne depuis quelques années vers le monde des arts en quête de nouvelles ressources. L’urgence est de ne jamais cesser de s’émerveiller que ce soit face à une Sardine Run – plus grande migration au monde en termes de biomasse – ou en tête à tête avec un cachalot. Ces instants suspendus sont comme ‘des zones de promesses ‘.
Nous observons des survivants qui apprennent de nos comportements sorte de zoodiplomates de la Toile du Vivant. Il faut remettre de la poésie en se reconnectant à notre nature première, protéger les animaux pour eux-mêmes et non pour une quelconque vision utilitariste, porter une attention sensible et surtout, devoir se mouiller ! En adoptant l’idée d’un buissonnement du vivant, l’humain retrouverait une place certes élémentaire mais non centrale ni dominante.
Ultime acte de résistance ? Changer de paradigme, s’ouvrir à une écologie de la réconciliation pour un cadre de réflexion prometteur. La beauté sauvera t’elle le monde ? Peut-être.
Il y a quelques semaines l’océanologue François Sarano a dû suspendre l’étude du clan de cachalots d’Irène Gueule Tordue à l’île Maurice. Une première ! La raison ? Le whale-watching touristique harcelait et éclatait les groupes d’individus occasionnant également des blessures par hélices.
À ce propos la matriarche du clan a quelque chose à nous dire :
‘’C’est à l’aune du respect que vous aurez envers vos frères humains et non humains que vous construirez votre Humanisme qui fait pleinement de vous des Sapiens ‘«
( S’il te plaît, dessine-moi un cachalot, F. Sarano et Pome Bernos, Actes Sud)
N’attendez plus et plongez.