
POUR ÉCOUTER LA CHRONIQUE, C’EST ICI !
Chers lectrice et lecteur, voici la lettre d’un renard aux humains. Il le précise bien il fera beaucoup de fautes, maîtrisant guère notre langue écrite mais poussé par l’urgence de la situation, il se questionne. Après nous avoir longuement observé il a au début trouvé matière à se réjouir, et rapidement tout a dégénéré.
George Sanders auteur d’ouvrages multiprimé est enseignant en création littéraire. En 2013 le magazine Time le porte au pinacle en le qualifiant d’une des cent personnes les plus influentes au monde ! Il incarne un ardent défenseur et porte-parole de goupil ans dans cet élégant livre format poche, couverture rigide avec surimpression couleur feu et papier crème. L’illustratrice Chelsea Cardinal y a laissé l’empreinte d’éclaboussures douces et épurées. Dans sa prochaine vie, si on lui laisse le choix, elle aimerait être un renard.

Rêveur et curieux, Renard 8 a appris à parler « Umin » en se cachant derrière les maisons à la tombée de la nuit écoutant les histoires des enfants au moment du coucher. Il a tout d’un poète, le pouvoir des mots l’enivre : très ‘imprécis au nez’ par ce qu’il entend il est soulagé. Tout comme dans sa meute, le petit d’homme reçoit nourriture, amour et protection d’une tanière. La cohabitation inter-espèces devrait plutôt bien se passer. C’est sans compter la construction d’un nouveau centre commercial. Pendant que la forêt se vide, que les camions martèlent la terre sans répit, son groupe connaît rapidement la faim et la mort. Plus rien à se mettre sous la dent. Pour sauver sa peau et celle de ses congénères, il se lance dans une quête éprouvante qui le mène des étendues sauvages jusqu’au fin fond d’une sinistre banlieue. Avec ce courrier qu’il nous adresse, il compte bien remettre les pendules à l’heure car il entend beaucoup de « fausse thé » sur son espèce. Perfide, nuisible, sournois ? On lui reproche aussi de convoiter les poulaillers mais comme il dit :
‘ parfoie on peut même manger un Poulaid vivant, si jamais le Poulaid montre que c’est dacore en oubliant de courir quand on approche, pendant qu’il chercher à manger dans une souche’.
Il arpente le Pare King pour faire du Show Ping en dégustant une Brilloche. Le jour où son copain Renard 7 termine sa courte existence sous les coups enragés d’un ouvrier, la cruauté de l’acte le pousse à un questionnement profond hésitant entre la soumission et la révolte :
‘Laissez vos rires brutots s’envoler dans la nuit (…) je resterai à ma place, je me tapirait le musot bas, tout crintiffe et tout tremblant, puisse que c’est comme ça que les Umins aiment les Renards à parament’
Et l’envie de nous comprendre : ‘Qu’esse qui m’aidrait à retrouver le moi plein despoire que j’étais avant ? Des réponces’.
Cette courte fable écolo-philosophique repose sur l’amour de la langue. Pour qu’un texte truffé de fautes arrive à autant surprendre, attendrir et sensibiliser c’est bien que l’auteur, sa traductrice et l’illustratrice ont un talent fou. George Saunders nous envoie un cocktail molotov littéraire : c’est drôle, cruel, triste, absurde et tendre. Un récit bref qui sort des sentiers battus et une histoire qui fait réfléchir. La langue regorge de trouvailles hilarantes pour écorner notre cupidité, notre rapport aux autres espèces et formes de vie, notre violence et notre quête infinie de domination du monde naturel.
C’est l’histoire d’un animal innocent, qui avec des mots d’enfant fait passer un message d’adulte. La lettre de Renard 8 attend une réponse sur nos agissements impardonnables sur tous les membres de son espèce.
Son dernier message pour nous ?
« Esseillez d’être plus gentits »
PS : ESOD renard : espèce susceptible d’occasionner des dégâts
ESOD humain : espèce sournoise odieuse et déracinée