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« C’est moi que Tarzan aurait dû épouser » glisse malicieusement Jane Goodall à son invité en Tanzanie. Sous forme de conversation à bâtons rompus, ce récit est une réflexion croisée entre la plus grande primatologue au monde et Douglas Abrams, auteur de livres témoignages de Desmond Tutu ou du Dalaï-Lama. Entre Afrique et Europe, ils ont échangé, débattu, se sont confiés sur la notion d’espoir, indispensable en ces temps obscurs. Celle qui incarne peut-être le mieux de son vivant l’audace, la résilience et la combativité, nous surprend. Se livrant de façon plus intime et jouant le jeu face aux questions qui déroutent et qui titillent son esprit de jeune fille curieuse et obstinée.
Son espoir à elle ? Que ce livre apporte du réconfort et du courage alors que la Terre souffre et tous ses habitants humains et non humains . Comment entretenir le feu sacré quand on est héroïne mondiale, a-t-on le droit de douter ? Comment peut-on résister à l’incertitude inévitable alors que l’on accomplit quelque chose que personne n’a jamais fait auparavant ? Avec son sourire chaleureux, son regard noisette pénétrant et son éternelle tenue de ranger, un verre de Johnnie Walker vespéral à la main, le dialogue peut commencer.
L’espoir est une condition de survie qui pousse à l’action et non à la rêverie. Tenir bon face à l’adversité en étant prêt à tout pour qu’un évènement advienne. En Iran, ces défenseurs de guépards qui ont pris 80 ans de prison pour avoir posé des caméras cachées auront tout le temps de méditer cet aspect fondamental et quasi mystique de l’espoir. Tenez bon.
La jeune femme qui part en 1957 étudier pour un mois les chimpanzés en Tanzanie, ne se doute pas du bouleversement qu’elle va provoquer dans la communauté scientifique. Ses découvertes révolutionnaires sur les émotions, la personnalité, la fabrication et l’utilisation d’outils par un groupe de chimpanzés n’auraient jamais été possibles si elle avait été façonnée dans le moule universitaire. Quand le NATIONAL GEOGRAPHIC accepte de financer sa recherche, c’est l’unicité de l’homme qui prend du plomb dans l’aile ! Lors de ses tournées dans six pays d’Afrique une évidence surgit : si on est incapable d’aider les gens à trouver le moyen de survivre sans détruire leur environnement, comment prétendre vouloir sauver les chimpanzés ? Le programme TACARE agira dans ce sens : aider l’humain qui par la suite, préservera son environnement et les animaux.
Tour à tour lumineuse, pensive, triste, rayonnante, malicieuse, le visage de cette icône de l’espoir est l’expression même de la vie. Inoxydable, charismatique, à 91 ans Jane Goodall continue de provoquer une vague d’émotion intense. Sa volonté qui irradie comme une force magnétique est palpable. À la question, vous est-il arrivé de perdre espoir ? Son visage se rembrunit : « Peut-être, par moments, le chagrin va de pair avec le désespoir » dit-elle en évoquant la mort de son second mari. La forêt sera son antre pour recueillir ses larmes.
Malgré l’état du monde, Jane Goodall continue d’espérer pour quatre raisons.
LES RESSOURCES PHÉNOMÉNALES DE L’INTELLIGENCE HUMAINE
L’intellect humain est la partie de notre cerveau qui raisonne et trouve des solutions aux problèmes. Il existe un continuum entre animaux et humains et elle est plus que quiconque bien placée pour en parler ! Un animal ne détruit pas son environnement, l’humain oui. La façon dont nous avons utilisé notre intellect est coupable, une sorte de déviance alimentée par l’avidité, la haine, la peur, le désir de contrôle et de puissance. A New-York pendant le 11 septembre, en Tanzanie au moment où les témoignages du génocide rwandais et burundais abondaient de toute part, enfant pendant l’Holocauste : c’est dans la Nature qu’elle a trouvé ce réservoir inépuisable d’espoir. Quand elle parle, elle s’anime, silencieuse et pensive aussi : il faut un nouveau code moral et nous atteindrons alors pleinement notre potentiel humain en mettant en accord notre tête et notre cœur.
LA RÉSILIENCE DE LA NATURE
Un poirier de Chine écrabouillé entre deux blocs de béton des twin towers a été sauvé du chaos et quelques années plus tard a reverdi abritant un nid. « L’espoir a disparu chez beaucoup de gens d’où l’importance d’un tel livre » dit-elle. Ne jamais douter du pouvoir de l’interconnexion, se réunir, partager sa peine, agir maintenant tant que la fenêtre de tir est encore là. Jane Goodall passe son temps à parcourir le monde pour dire et redire ce qu’elle ressent au plus profond de ses tripes : nous faisons partie d’un Grand Tout et la volonté de vie est partout autour de nous et en nous. L’ONG Rewilding Europe déploie dans 10 régions d’Europe un programme ambitieux pour assurer la protection d’habitats variés et la réinsertion d’espèces : élan, bouquetin, chacal doré, lynx ibérique, cygne ou vautour fauve. L’ingéniosité et l’opiniâtreté humaine ont un talent fou. Protéger des espèces en danger préserve la biodiversité, et l’humain qui fait partie du vivant bénéficie alors aussi des efforts déployés.
LE POUVOIR DE LA JEUNESSE
Intense et inoxydable, l’icône de l’environnement parle de son lien avec le public dans les lycées et lesuniversités. Un auditoire engagé et investi. Son programme ROOTS & SHOOTS lancé en 1991 incite chaque jeune à jouer un rôle impactant en faveur de la planète. Il s’appuie sur 3 piliers : humains, animaux et environnement : une tapisserie merveilleuse. Recette de l’espoir ? Une pincée d’objectifs clairs et motivants, une bonne dose de moyens réalistes, la conviction de pouvoir y arriver et le tout, arrosé d’un soutien en cas de difficulté.
Il y a aujourd’hui 25 instituts Jane Goodall dans le monde et une armada de jeunes défenseurs de l’environnement dans 86 pays. SAVOIR, COMPASSION ET ACTION en sont les valeurs fondatrices. L’espoir est un cadeau qui nous vient des autres
LA FORCE INDOMPTABLE DE L’ESPRIT HUMAIN
Winston Churchill et sa force d’esprit inaltérable, réveillait l’esprit combattant des anglais. L’homme seul face aux chars de Tiananmen défiait l’autorité avec un panache incroyable. Enfant, le grand-père de Douglas Abrams perd une jambe et devient neurochirurgien pour réaliser la toute première séparation réussie de deux siamois, jusqu’alors impossible. L’héroïsme, l’abnégation surviennent souvent lors de la menace mais faute d’occasion de se manifester on ne les voit guère. Les individus résilients trouvent en chaque défi une opportunité à saisir : un moteur puissant qui ne connaît pas de ratés.
Ce que l’on sait moins de ce personnage haut en couleurs, c’est sa passion pour les maladies psychiques. En lien avec beaucoup de personnes souffrant de troubles physiques et mentaux, Jane Goodall ressent parfois comme une responsabilité colossale, écrasante : ‘c’est aussi un privilège’, dit-elle. La dame aux chimpanzés s’est petit à petit transformée en messagère mondiale de l’espoir. En trouvant son chemin de Damas elle a éclairé le monde, connectée à une puissante spiritualité. Comment résoudre des problèmes réputés insolubles ? Une bonne dose de détermination, une capacité à insuffler l’enthousiasme et un art consommé pour obtenir l’aide des gens les mieux placés tout en fructifiant son don d’orateur. Sa grand-mère tirait de la Bible son mantra : ‘ QUE TA VIGUEUR DURE AUTANT QUE TES JOURS ‘.
Ce livre énergisant et puissant illustré de nombreuses photos explore les racines de l’espoir à l’heure où le monde brûle, disparaît sous l’eau et voit une grand partie de ses insectes rayée de la carte. À la tribune des Nations Unies cette élégante dame qui ne se déplace jamais sans Mister H, peluche de singe accroché à sa banane, fait toujours tinter une clochette faite à partir d’une mine anti-personnel désamorcée.
ENSEMBLE NOUS POUVONS, ENSEMBLE NOUS RÉUSSIRONS !
Pour Douglas Abrams qui a eu ce privilège de la côtoyer .
« Ce livre est un cadeau au monde entier d’une grande part d’elle-même. D’abord comme naturaliste détenant une connaissance du vivant rare et précieuse puis comme personnage profondément spirituel, une écrivaine qui cherche toujours le mot juste capable de refléter sa vérité profonde. Accompagner Jane dans sa réflexion sur la nature humaine et sur le rôle que jouera l’espoir dans notre survie aura été un des grands privilèges de ma vie ».
Comment faire face à cette sempiternelle réflexion : l’argent dépensé devrait uniquement aller aux humains ! Réponse de cette jeune fille de 91 ans : les animaux ont autant le droit d’habiter cette planète que nous. Nous sommes nous-mêmes des animaux.
Si on ne vous croit pas, répondez que c’est Jane Goodall qui l’a dit. Cela devrait clouer le bec aux grincheux.