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L’espiègle dame aux chimpanzés s’en est allée il y a quelques mois : elle qui aurait tant aimé prendre la place de Jane auprès de Tarzan, continue d’inspirer le monde par son engagement sans failles. Roots & Shoots est un programme d’éducation à l’environnement initié en 1991 par 12 adolescents tanzaniens et le Dr Jane Goodall. Il a depuis, essaimé dans 76 pays, avec 10 000 groupes et 14.5 millions de jeunes futurs leaders bienveillants et engagés pour un avenir meilleur.
Leur nouveau livret pédagogique « QUAND LE SAUVAGE SE MARCHANDE ET S’ACHÈTE » s’interroge sur notre lien au vivant avec le chimpanzé en fil rouge. Ce passionnant rapport exhaustif et didactique de 79 pages et 80 illustrations accompagné d’activités pédagogiques et d’un glossaire, favorise réflexion et apprentissage de connaissances. Conçu pour être accessible par le plus grand nombre, il se dévore seul ou accompagné. Le sujet est très grave et la façon de l’aborder très interactive.
Quel est le 4ème marché criminel le plus rentable au monde ?

Le trafic d’espèces animales sauvages qui selon Interpol a augmenté de 5% à 7% par an, à l’échelle mondiale. Un véritable réseau tentaculaire fragilisant biodiversité et efforts soutenus de conservation, mettant en péril la sécurité sanitaire, économique et politique de nombreux pays. La mondialisation des échanges et l’essor du commerce numérique sont de puissants accélérateurs à cette hécatombe. Félins, primates, reptiles, amphibiens, coraux, graines rares : tout y passe. En Europe des milliers de chardonnerets élégants sont capturés pour être croisés avec d’autres espèces en modifiant leur plumage et leur vocalisation. Ils sont revendus au marché noir en Belgique et aux Pays-Bas où se tiennent encore des concours d’oiseaux chanteurs. Valeur marchande de produits dérivés utilisés en décoration, mode ou médecine traditionnelle, l’animal s’échange contre des sommes faramineuses. Une corne de rhinocéros se négocie entre 50 000 et 100 000 euros le kilo. Un engrenage au cercle vicieux car ce qui devient rare devient cher, et disparaît.
Les espèces sont prélevées dans les pays sources (d’Afrique, Asie ou Amérique du sud), les pays de transit facilitent le passage entre continents (la France y a un rôle majeur tout comme la Belgique) et les pays cibles concentrent la demande (Chine, Japon ou Thaïlande mais aussi France, Allemagne, USA ou Royaume-Uni ). Ce trafic illégal révèle de sombres facettes humaines : désir de possession, recherche de prestige ou quête de pouvoir et de croyances et interroge notre rapport ambigu au vivant. Pourquoi certaines espèces suscitent-elles admiration et protection et d’autres deviennent trophées de chasse, victimes d’exploitation ou simple objet de collection ? S’interroger c’est questionner la manière dont l’Homme perçoit et s’approprie le peuple animal.

LE CHIMPANZÉ, MIROIR DE NOS ÂMES
Le chimpanzé avec lequel nous partageons 98,5 % de notre ADN craint les serpents venimeux, phacochères et accidents de chute, mais sa principale menace anthropique est bipède : déforestation et braconnage mettent en danger l’espèce. Sa survie repose sur la diversité biologique de son habitat, source de nourriture, d’abris et de remèdes naturels. Il sait faire preuve de compassion, d’altruisme et d’empathie et conçoit, utilise et transmet des aptitudes à la manipulation d’outils. Nos plus proches cousins ne sont pas de simples imitateurs, mais des êtres inventifs, capables d’adaptation, d’innovation et de partage de connaissances.
Dans ce livret, le chimpanzé devient une clé de lecture pour appréhender la réalité d’un tel trafic, ses enjeux et les menaces qu’il traine dans son sillage : un choix qui favorise l’identification du lecteur. Parce qu’il nous ressemble, le primate éveille notre tendresse autant que notre gêne. Il nous renvoie à notre propre animalité, bousculant les frontières tracées entre culture et nature. Si proche de nous par son intelligence, ses émotions et sa vie sociale, il incarne les tensions qui traversent notre relation au vivant : admiration, curiosité, exploitation, mais aussi compassion.

UNE CRIMINALITÉ ORGANISÉE TRANSNATIONALE AUX RETOMBÉES DÉSASTREUSES
Les conséquences d’un tel trafic sont nombreuses et s’exercent sur l’individu (souffrance, perte et déracinement), le groupe (déstabilisation sociale et culturelle), et sur l’ensemble de la biodiversité (effondrement silencieux d’écosystèmes entiers). Ce commerce illicite lucratif est souvent étroitement lié à d’autres formes de criminalité organisée, alimentant corruption et blanchiment d’argent. Dans de nombreuses communautés locales, certaines espèces endémiques jouent un rôle central dans les traditions et les croyances ; toute extinction bouleverse donc les fondements symboliques et spirituels de ces sociétés. Une vision utilitariste de la nature aux retombées sinistres.
La CITES fixe pourtant un cadre international mais sa mise en œuvre dépend entièrement des législations nationales. Un consortium coordonne également les efforts de surveillance, d’enquêtes et de sanctions à l’échelle mondiale. Associations et ONG influencent les décideurs politiques et soutiennent de décisives avancées scientifiques. Il faut sans relâche appuyer ces initiatives de médiation et de sensibilisation.
« Comment pouvons-nous prétendre sauver les chimpanzés et les forêts,
quand les Hommes luttent pour survivre ? »
Réponse: grâce à des projets communautaires encourageant des activités durables — apiculture, agriculture raisonnée, écotourisme, agroforesterie — et diversifiant les revenus tout en réduisant la dépendance à la chasse.

À écouter Jane Goodall, l’espoir est une condition de survie qui pousse à l’action et non à la rêverie.
Toute structure pédagogique se doit d’avoir un tel ouvrage à l’étude. Ludique et instructif, il a été conçu avec tout le savoir des équipes du Jane Goodall Institute. Pour se le procurer, il vous suffit d’envoyer un mail à : rootsandshoots@janegoodall.fr
Il n’est jamais trop tard pour agir.