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Une nouvelle collection des très engagées Éditions de la Gouttière vient de voir le jour : ‘LE MONDE SAUVAGE’, avec un premier opus sur le renard roux qui réenchante nos campagnes et nos forêts. Dans cette BD documentaire muette et pourtant si parlante, un jeune renard dont la mère a été capturée dès le début de l’histoire, est suivi dans son élément naturel sans l’humaniser : le texte est donc absent. Avec un dessin rond, coloré, expressif et un trait réaliste, la lecture est immersive au ras du sol. La mise en page efficace et dynamique redessine les contours d’une épopée haletante.
Il court, il court le renardeau orphelin. Comment survivre quand on est petit ? Sur qui s’appuyer et de qui doit-on se méfier ? Comment trouver sa place dans un environnement nouveau et menaçant : fragilité et naïveté face à la rudesse du monde. Le danger est partout dans les airs, sur terre, il n’y a guère que sous terre où le répit semble possible avec de drôles de voisins rayés de noir et de blanc. La moitié de l’album se déroule en forêt avec des gros plans d’une expression folle : ces grands yeux terrifiés, cette menace au loin sur ces deux jambes. Au village la concurrence fait rage près des poubelles alors que les poulettes n’en mènent pas large. S’essayer au mulotage requiert de l’entrainement alors forcément la première fois, ça coince !
En lice pour le Prix Maya 2026, cet ouvrage qui n’est pas sans rappeler l’univers de Bambi est en format paysage : idéal pour diffuser ce permanent sentiment d’urgence, de mouvement et de fuite. La narration sans textes est parfaitement maîtrisée dans un univers graphique aussi beau que mignon où le monde sauvage se pare de toutes les couleurs pour enchanter petits et grands. Une lecture riche en émotions qui éveille à cette urgence de sauvegarder le monde sauvage. Pour dénoncer l’impact désastreux de l’humain sur la nature pas besoin de texte : le dossier pédagogique en fin d’album nous éclaire amplement.
Imaginer c’est bien, apprendre grâce à un naturaliste et photographe animalier c’est encore mieux. L’album allie une qualité narrative et graphique à un propos didactique dans un environnement pédagogique ludique pour voir au-delà des livres et des histoires. L’ambition ? Sensibiliser les jeunes pousses au respect de la nature, du vivant et des animaux en abordant les thèmes de la chasse et de la biodiversité et surtout débarrasser une fois pour toutes le renard de cette si mauvaise image qui lui colle à la fourrure. Goupil ancien nuisible et nouvelle espèce susceptible d’occasionner des dégâts a une utilité folle dans les campagnes et auprès des humains. Inutile de le chasser, il faut le protéger ! C’est ce que nous apprend ce croquignolet album jeunesse qui questionne l’enfant, lui amène des réponses.
L’auteur Sylvain Bauduret a sorti ses pinceaux pour 30 pages d’histoire fictionnelle et s’est associé à Yoann Thionnet naturaliste et photographe animalier, talentueux illustrateur du livret. Vis ma vie de petit renard, amuse-toi avec moi, découvre-moi et surtout apprends à me connaître ! Voilà le message aux petits lecteurs en herbe. Un album qui donne envie de se rouler dans les champs ou de marcher en forêt : et pourquoi pas croiser la route de ce canidé de poche qui éblouit par sa grâce, suspendu dans les airs lors de la chasse ou roulé en boule entouré de son immense queue fournie ? Mal aimé, Maître-Renard a mauvaise presse alors qu’il a un rôle essentiel dans les espaces ruraux : il dissémine des graines de fruits par ses déjections, contribue à lutter contre la croissante maladie de Lyme et s’avère un équarisseur naturel incontournable. Il incarne pureté, douceur, voire un animal totem, guide spirituel bienveillant et universel dans les traces du Petit-Prince. Mais son statut de nuisible lui colle encore beaucoup trop aux poils, comme de la glue.
Une expression populaire bretonne parle de « Faire la petite école du renard » pour désigner l’école buissonnière : une façon unique d’emprunter les chemins de traverse et avec un peu de chance, à travers les ronces, nous aurons la chance de croiser le regard ourlé d’interrogations de ce flamboyant animal.