
POUR ÉCOUTER LA CHRONIQUE, C’EST ICI !
Quelques 600 tigres de Sibérie à l’état sauvage nous font encore l’honneur d’habiter ce monde. L’UICN classe le grand fauve en danger ; alors, un jour après le TIGER DAY du 29 juillet, réjouissons-nous de relire ce roman initiatique. Nadèdja Garrel y mêle son amour de la liberté, sa chasse aux fantômes toute personnelle et une poésie onirique à déguster à partir de 11 ans. Illustrée par Miles Hyman le plus français des dessinateurs et illustrateurs américains, l’étrangeté envoûtante imprègne l’épopée.
Au creux des Vosges, Benjamin jeune garçon solitaire et rêveur reste indifférent au monde. On lui trouve un univers étroit et triste. Ses seuls moments d’enchantement il les vit au Jardin Zoologique où une connexion mystérieuse et unique le relie à tous les locataires des lieux. L’automutilation d’un gibbon le ramènera à une réalité bien plus sombre: végéter derrière les barreaux ce n’est pas une vie. La captivité fait mal, la détresse est muette et pourtant palpable.
Une tigresse de Sibérie vient d’arriver. Sa ‘superbe et inconsciente élégance’ lui retourne le cœur. Son poil éclaire de sa lumière la cage sinistre dans laquelle elle est vouée à vivre le restant de ses jours. Elle est ce que le monde possède de plus beau. La sortir de son enfer pour la ramener sur sa terre natale devient le projet fou du jeune rêveur.
Accompagné d’un ara bavard et téméraire, ils prennent tous trois la route direction l’Est. La tigresse est sa déesse de la nuit, son aimée, avec dans ce regard une immensité verte insondable. Nonchalante au printemps se prélassant dans les points d’eau, l’hiver lui met de la lumière dans sa fourrure orangée et soyeuse.
La liberté se mérite, le souffle de l’aventure traverse les saisons comme les paysages. La forêt est un personnage à part entière : elle peut cacher, protéger, perdre, nourrir ou faire mourir. L’espace, l’air, le feu, l’eau et la terre conditionnent la survie de l’humain dans un onirisme flamboyant où les disparus montrent la voie aux vivants. Par delà les monts jaunâtres et chauves, les plateaux d’altitude, les vallées et les plaines marécageuses, les foulées ne faiblissent pas malgré l’épuisement, la peur, la faim, le froid mortel. Pour appréhender la solitude, il faut savoir redescendre en soi, introspection indispensable pour avancer. Pour le jeune explorateur, le voyage sera aussi intérieur.
Bouleverser l’ordre établi en accomplissant son rêve. N’est-ce pas là l’expression la plus pure du mot ‘renaissance’ ? Libérer le sauvage en soi, s’indigner de toute liberté interdite, cheminer au côté de l’animal. Rêve et imaginaire s’articulent autour d’une trajectoire bien réelle et d’un engagement sans faille.
Les animaux savent et sauvent.
Notre monde compte plus de fermes à tigres glauques et morbides que d’individus en liberté… Heureusement « DANS LES FORÊTS DE LA NUIT » brille dans l’obscurantisme. Un petit bijou à mettre entre toutes les mains de lecteurs.
Fulgurant plaidoyer poétique contre la captivité et ode au tigre de l’Amour.