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Pour faire face aux soulèvements d’une Terre qui n’en peut plus et aux contagions dues aux virus, l’humanité n’a eu d’autre choix pour survivre que de s’hybrider avec des êtres aquatiques. De là sont nées des chimères. Nous sommes en 2123 et Violeta la narratrice, est l’une d’entre elles. Mi femme-mi poulpe d’un coin de Corse où elle réside, elle est la porte-parole de ces ‘créatures mutantes’ nous donnant à lire deux de leurs manuscrits. ‘L’INVENTION DE LA MER’ est une dystopie marine saisissante où des êtres métamorphosés naissent bilingues, riches de leur langage maternel et animal.
Laure LIMONGI est fascinée par les abysses. Son désir d’histoire est nécessaire pour continuer de nourrir son imaginaire et ses rêves. L’origine de notre déni a mené au cataclysme climatique : nous avons balayé d’un revers de la main les rapports accablants du GIEC de 2022, vu des oiseaux tomber du ciel, sentinelles aux ailes brisées par trop de morsures du soleil.
ACCEPTER L’ÉVOLUTION POUR NOTRE SURVIE
Notre erreur a été de nous figurer qu’aucune espèce animale n’était capable de penser. Ces hybridations ont montré qu’un dialogue inédit était né, mélange de lettres et de vibrations riches d’un nouveau sens. Sorte de lâcher-prise progressif qui gommait progressivement l’humain.
Gina de Galène est la première chimère née en 2080 à Rome ; elle s’est hybridée avec un cachalot et nous raconte les souffrances de sa lignée. « Malgré des milliers d’années sanglantes pendant lesquelles des générations entières ont été décimées, notre cœur nous pousse à rester confiantes ». Les humains sont renommés « Périllants » en opposition aux « Aimables » désignation du peuple cétacé à la bonhommie tranquille.
Ménippé Zahlé lui, est né au Liban, fusion d’un crabe et d’un humain, auteur d’un roman autobiographique. Sa carapace cache une âme de philosophe et de penseur. Il a de la gouaille et un beau brin d’humour. « J’avais l’impression que le temps ne passait pas, c’était la même longue journée interminable qui s’écoulait avec la lenteur lancinante d’un évier bouché. ». Ça c’était avant qu’il ne découvre le plaisir des combats et celui de la poésie olfactive après son séjour en prison.
COMMENT SE CONNECTER À L’ALTÉRITÉ ?
La mer contient des existences et des phénomènes étranges et plus méconnus encore que la lune ou l’espace. Laure LIMONGI est à chaque fois surprise par l’émotion et la beauté irradiant de ces cultures non humaines. Pour en partager l’éclat avec ses lecteurs, elle a imaginé une langue mais aussi des écritures, en passant par le biais de la création littéraire. Nous décentrons alors notre regard pour étoiler le récit en myriades de tentacules poétiques.
Le fil rouge de cette odyssée nous exhorte à respecter la mer. On ne cesse de s’en faire des représentations, l’autrice a voulu donner accès à un monde marin encore méconnu ainsi qu’à ses trésors enfouis. « L’animal humain préférait gâcher des fortunes à explorer l’espace que mieux connaître ce qui est la source de toute vie ». Son émerveillement est palpable : point de départ de ce récit pour dissiper les sombres nuages de notre actualité.
‘L’INVENTION DE LA MER’ en lice pour le Prix Maya 2026, est une réflexion sur notre devenir, la création, une déclaration d’amour aux mots et aux créatures marines. Entre roman, légende, conte, essai et poésie, le texte lui-même hybride, résonne comme un mythe futuriste avec les enjeux sociétaux actuels. En eau profonde, jamais ce texte ne nous perd irrigué par une puissante langue poétique. Son fabuleux univers aquatique nous maintient la tête hors de l’eau. Baroque et futuriste, il fait plonger ses lecteurs dans un océan de paroles.
Une immersion salvatrice.