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‘La poésie est une de mes alliées sublimes. Elle a pour moi des pouvoirs magiques. Elle est amorale, hors de la dualité, elle permet d’abolir le sentiment illusoire de séparation. Elle œuvre hors du temps, elle dialogue avec l’âme, la mienne, la tienne, avec l’esprit des éléments, avec les arbres, avec tous les êtres de ce monde et des mondes invisibles…Elle cherche à viser le cœur. C’est ma cible’.
Voilà les mots de Isabelle N, qui par le canal de l’art a pu trouver une issue à toute cette souffrance intolérable ressentie face à l’innocence et la vulnérabilité du monde animal. En célébrant leur grâce avec ses mots, sa musique, sa voix et ses pinceaux, elle irradie de mille feux et sur la palette de ses émotions, elle ajoute la teinte absolue de l’amour fou qu’elle porte à tous ces individus..
Dans un premier tome d’une trilogie vibrante traversée par la fureur de dire, ‘FRISSON ANIMAL- ÉLÉMENT TERRE’, elle mélange intuitivement plaidoyers, poésie et rêve. Dessins au pastel – certains sur fond acryliques – explosions de couleur, taches de peinture à la dimension onirique. D’aucuns diront que c’est une chamane, d’autres, une artiste éclairée : n’y voyez que le message pur et sublimé de sa connexion à un monde invisible, d’individus eux bien réels. Le résultat est un voyage en lui-même. Hymne et hommage à la Terre que nous piétinons allègrement, que nous vidons de son essence précieuse.
Tout part du décès de Missmiss chatte adorée qui à 4 ans pousse un dernier cri et passe de l’autre côté de l’arc-en-ciel. De ce deuil impossible, de cette souffrance insupportable, de ce vide abyssal à combler, naîtra l’urgence de hurler au monde qu’une telle perte n’est pas possible. Et de transformer la douleur. L’art, une catharsis ? Sûrement.
Chaque page format A4 est un univers en soi, extatique et protéiforme. Qui plus que lui aime la terre ? Le sanglier bien sûr. Dont ‘l’ardeur ressuscite des semences vieilles comme le monde.’ Hommage au ver de terre, méconnu et si précieux pour ‘creuser des lits de fortune’. Au loin, des chiens de chasse enfermés aux aboiements frénétiques et continus lui vrillent la tête : elle prend du repos, un brin de répit au pied d’un chêne pour apaiser son âme endolorie. Lettre ouverte à ces chiens, déclaration d’amour ultime : elle les entend, elle les aime, elle prend leur peine et leurs gémissements en pleine poitrine.
Cerf, renard, taureau, cheval, agneau, raton laveur, loup, salamandre : tous voient leurs territoires menacés ou déjà sur le déclin. Ils prennent la parole face à la barbarie des hommes : chasse, corrida, commerce de la fourrure et de la viande. L’occasion pour Isabelle N. de dresser en fin d’ouvrage un plaidoyer essentiel pour chaque espèce.
I HAVE A DREAM

Le second tome est habité par le feu et par le cinquième élément : lequel ? À vous de voir celui qui vous traversera au gré de votre lecture. Une première partie nous fait voyager entre rêve et réalité, éclairée par des pastels plus solaires. On retrouve ces chiens de chasse enchaînés dont la mélopée lugubre envahit l’espace vital de l’autrice. Dans ces moments – là, elle dilate son cœur plutôt que le laisser se refermer. Un jour de novembre 2020, 17 millions de visons ont été gazés. Autres victimes d’une barbarie aveugle.
Chez qui puiser la force, la grâce, la souplesse ? Chez la panthère: illustrée par un somptueux gros plan où 2 yeux couleur agate dorée vous transpercent. Isabelle N. rêve d’un corps de lumière ? Le lion qui baille si fort en attendant le jour sur la roche. Ses défenses valent de l’or, ses oreilles battent au vent comme des ailes : l’éléphant pleine page nous donne la puissance. Et puis il y a Mévy, jeune tigresse échappée d’un cirque dans le très paisible 15ème arrondissement de Paris , abattue par son propriétaire le temps de quelques tours de pâtés de maison pour sentir le vent de la liberté dans ses vibrisses. On ne s’échappe que de ce qui nous enferme. Le dessin a de faux airs de fresque murale des temps anciens.
‘Mévy, Mévy les arbres de tes aïeux prient pour toi ».
La seconde partie est une nouvelle utopique : quand le rêve se mélange à l’air. Un monde nouveau, le monde d’après . Celui de l’ouverture de toutes les cages et prisons, celui de la reconnexion au Vivant grâce à une onde de rêves qui s’étendrait sur Gaïa suite à un bug mondial de tous les réseaux sociaux. Retour à l’essentiel et à nos racines que nous avons oubliées : la césure date de Descartes.

Tome ultime de la trilogie Frisson Animal. Un dernier opus qui mêle poésie sauvage, portraits au pastel et au fusain, paysages à l’acrylique fluide et à l’aquarelle. Cette fois ce sont les peuples de l’Eau et de l’Air qui sont convoqués pour mieux puiser à leur source. L’esprit animiste inspiré des peuples premiers nous exhorte à faire de l’empathie et du don d’enchantement, notre nature première. Singulier, vivant et interactif, il invite à l’introspection et à un questionnement existentiel. Isabelle N. fée du vivant et sorcière des éléments se fond dans la peau de tous les êtres habitant sur Terre. En nous invitant à revêtir plumes, poils, écailles ou ailes, les métamorphoses sont l’occasion d’une odyssée et une immersion uniques au cœur du monde animal. Le corbeau nous parle ‘Quand vient le soir, je bois le noir, j’ensorcelle la peur, juste en ouvrant le bec’. Pigeon, caneton, papillon, albatros : leurs ailes fendent l’air. Certains sont enfermés dans le noir, d’autres migrent sans entraves vers des contrées lointaines.
L’artiste est dauphin, sirène, phoque, poisson, crocodile ou baleine. Chaque illustration est un plaidoyer, un cri d’alerte, un message d’amour. La nouvelle utopique touche à sa fin avec toujours plus de puissance: notre taux vibratoire est poussé au maximum ! La mise en page lumineuse entremêle dessins et textes en une exhortation à nous fondre dans la Nature pour mieux la ressentir, la connaître et donc la respecter.
Dans le Tome 1, Isabelle N. tentait de conjurer le sort face à la disparition massive et programmée du Vivant. Tome 2 et 3 un peu plus solaires et aérés, entament la danse de la Vie. La poésie « reste sa plus puissante médecine » qu’elle veut « indomptable, chaude comme un volcan qui ouvre l’œil , déferlante comme un fleuve, libre comme l’air et qu’elle ouvre les cages, toutes les cages ».
Dans la mythologie grecque, le kairos prend la forme d’un petit dieu ailé de l’opportunité, celui qui nous survole et qui ne demande qu’à ce qu’on lui tende la main pour l’attraper, le bon moment pour changer de paradigme et passer à l’action pour réenchanter ce monde. « FRISSON ANIMAL » est une trilogie unique en son genre, un message d’espoir et de renouveau qui oeuvre en ce sens. Objet d’art de grande qualité pour petits et grands, il éveille, séduit, subjugue par sa richesse. Isabelle N. sauve sa peau et renoue le dialogue avec les animaux. Une invitation à plonger à cœur perdu, chakra grand ouvert.