Quand Chanee crée l’association Kalaweit en 1998 il est loin d’imaginer le nombre d’animaux sauvés à Bornéo et Sumatra grâce à lui, qu’il vivrait en famille au fin fond de la jungle, en épiant les fantaisies d’un écureuil rouge et les vocalises des gibbons par-delà la canopée. Avec cette furieuse envie de se réveiller chaque jour, pour continuer à sauver le monde.  Ce livre retrace les bases fondamentales de son engagement, ses débuts, ses techniques d’acquisition d’hectares de parcelles, les difficultés auxquelles il devra faire face et qui s’apparenteront bien souvent aux leçons de « l’art de la guerre » tant il lui sera essentiel de connaître ses adversaires et lui-même, pour remporter ses propres victoires.

Adolescent rêveur devant les grands singes, il doutait de pouvoir les observer un jour dans leur milieu naturel tant le discours environnant était pessimiste. Cette peur que tout s’effondre, il va la déjouer en partant en Asie et en créant l’association Kalaweit . Puisqu’il est si compliqué de relâcher des singes en pleine nature, pourquoi ne pas les sauver quand ils sont encore en train de s’ébattre dans la forêt ? De là, naîtra le projet de réserve.  Coupant court au marasme ambiant, aux salamecs des grandes ONG très habiles pour lever des fonds et réaliser des études sur 5 ans, Chanee est sceptique quant à leur utilité et pousse un coup de gueule. Protéger la nature n’a pas de date limite de conservation !  L’essentiel n’est pas de théoriser mais bien de  s’engager sur une réalité de terrain.

Tout au long du livre, l’auteur martèle ce concept de  « conservation active ». Et l’on comprend mieux son sens de l’engagement en le lisant : en dénonçant la culpabilisation à outrance du citoyen qu’il nomme l’écologie de privation, il prône la force de transcender, se faisant partisan de cultiver l’espoir. Ne pas sombrer dans l’obscur et croire en une écologie politique pour que les Etats s’engagent en faveur de l’environnement. Chanee se sent frustré et soutient corps et âme les associations de terrain dont chaque respiration est une force nouvelle pour avancer. 

En imitant ses adversaires, petit à petit prend forme cette idée au demeurant si simple mais si complexe à mener jusqu’au bout : acheter des parcelles de terrain pour sauver les animaux qui s’y trouvent. Il appelle cela le mimétisme de conservation. Imiter les acteurs de la déforestation pour sauver la biodiversité.  Puis acquérir une légitimité en accédant au droit de la terre. Des actions concrètes seules, amènent des résultats concrets.  Le cœur bat plus fort quand il découvre au hasard d’un sauvetage d’animal, la si flamboyante et époustouflante forêt de Dulan. Rien ne laissait présager une telle richesse au sol comme dans les arbres.  Peut alors débuter le projet d’acheter des hectares : un écosystème vivant et complet devant inclure des hommes, sa démarche sera aussi philanthropique en s’invitant dans la vie des locaux. Communiquer est essentiel quand on mène un projet de conservation ; orangs outans et humains forment un tout car tous 2 font partie du même écosystème.

On l’accuse de beaucoup de maux, on le menace, le chantage n’est pas en reste mais par sa connaissance du terrain, l’appui des populations locales, le bien-fondé de son action, son tempérament bien trempé de diplomate fougeux, Chanee  en ressort la tête haute. Avec ce sentiment d’urgence qui ne le quittera jamais. Il y a tant à faire. Il parle d’inconscience maîtrisée, celle qui vous fait aller de l’avant toujours, parfois sans réfléchir : celle qui pousse à l’’action. 

Et de nous redire comme un leitmotiv essentiel à nos esprits chagrins, qu’il ne faut pas éclipser les bonnes nouvelles même si le monde va mal, surtout si le monde va mal. « Il ne faut pas avoir honte de se réjouir du soleil levant » nous murmure t’-il . Voilà le fil d’Ariane qui fait tenir et qui donne des résultats. Saviez- vous que la population de tigres en Inde a augmenté de 30% depuis 2014 ? Ce livre c’est aussi une plongée parfois dantesque dans les affres de  l’administration Indonésienne. Déjouer les menaces, la corruption, les incompréhensions ; c’est une autre facette de la mission de Kalaweit. En livrant des pans intimes de sa vie l’auteur  laisse parler ses émotions enfouies, avec des drames qui ne demandent qu’à cicatriser. Quand le sombre flirte avec la lumière. 

Dans la forêt de Supayang, un tigron a dernièrement vu le jour. Les tigres avaient disparu depuis des décennies. Point  de textes ronflants, ni d’effets de manches stériles : le résultat est là, sous vos yeux. En protégeant la forêt et en interdisant la chasse, les grands prédateurs sont revenus, cela veut dire que l’écosystème le permet et qu’il est sain. Rien n’est figé dans la nature, elle s’adapte, change de visage.  Il n’y a aucune langue de bois dans ces propos ; en cela cet ouvrage est indispensable car instructif et porteur d’optimisme ; en dressant un véritable état des lieux du parcours du combattant  des mentalités, des évolutions, de ses propres doutes, de ses fiertés, on découvre le portrait d’un homme qui sait parfaitement de quoi il parle, n’en déplaise à ses détracteurs planqués derrière leurs bureaux. Voilà un livre engagé, humain, fiévreux de par la passion qui anime l’auteur. Nous aussi nous avons hâte d’être à demain pour continuer à le soutenir dans son  combat.


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