Le loup traverse les siècles et continue d’attiser haine et fascination lui collant à la fourrure, tel un sortilège. Laurène Barbaux membre de la société française de zoosémiotique – l’étude de la communication animale – souffle sur les braises de l’Histoire avec un premier roman vibrant, explorant les territoires réels et symboliques associés à la montagne. Un hommage poignant à ceux qui vivent dans les hauteurs, animaux humains et non-humains.

Nous sommes invités à cheminer avec Olivia, vétérinaire fraîchement diplômée qui retrouve ses terres d’origine non loin de Chamonix pour étudier le retour de deux jeunes loups. L’un aux prunelles d’or brillant comme la lune, et l’autre au regard rouge intense.  Une présence qui fait grincer des dents et s’agiter les fusils. Depuis des siècles les éleveurs ont sélectionné des moutons sur le critère de la docilité avec une faible disposition pour la fuite en cas d’attaques de prédateurs. Au cœur des vallées la colère monte. Dans les hauteurs, il y a encore une chance de fuir. Le message au maire de la commune est pourtant clair : « la présence du loup n’est pas une menace à l’activité pastorale, de nombreux programmes de recherches démontrent qu’une cohabitation pacifique est possible avec des ajustements ». Rien n’y fait. Une battue se prépare. L’impuissance habite l’équipe de chercheurs alors que des tirs de prélèvement ont été autorisés. 

En cheminant habilement entre passé et présent, le fil rouge s’accorde au féminin pluriel. Oliva renoue avec ses ancêtres dont la mystérieuse Geneva, accusée de sorcellerie cinq siècles plus tôt et se découvre le même don mystérieux. Cicatrices et fêlures, interrogations et certitudes tissent la trame d’une quête initiatique brûlante. Soigner un corps par des écorces de tilleul et des feuilles de sureau et soulager l’âme en courant avec une louve noire dans les forêts : une recette imparable pour retrouver sa part de sauvage. De quoi réveiller la peur des hommes d’église aux yeux de fer, qui ne font pas de cadeaux aux femmes ayant l’outrecuidance d’être nées libres.

La partition de nos territoires s’écrit avec les moutons, les loups, les bergers et les protecteurs de l’environnement.  En s’interrogeant sur la question des partages de sens et de territoires entre les espèces, l’ouvrage invite à pister les empreintes de la bête tout en sensibilisant aux enjeux de sa présence.

Laurène Barbaux nous parle de ces femmes oubliées qui marchaient jadis dans les traces des grands fauves. Capables de les comprendre, elles gardaient en elles un feu qui ne s’éteindra jamais.  Hériter de la protection et de l’amour des loups, voilà l’assurance d’une liberté jalousée et donc menacée.

La puissance féminine est ici révélée tout en feu et en force.

De quoi hurler à la pleine lune.

Laisser un commentaire