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« Si l’Océan meurt, nous mourrons aussi »
Que signifie être la dernière de son espèce ? Dans l’équilibre du monde, toute disparition aboutit-t-elle à une amélioration des conditions de vie sur Terre ou au contraire favorise-t-elle un appauvrissement sans retour ?
Dans cette bande dessinée très stylée de Pierre-Yves Clerson, les ÉDITIONS EVALOU frappent une fois encore très fort avec ce récit engagé. Éditeur de livres jeunesse indépendant, écolo-rigolo, il évoque un sujet brûlant d’actualité il y a encore quelques mois. Le dernier spécimen d’une baleine à bosse a été repéré au large du Groenland et fait la une des journaux. La traque de l’homme sur l’animal va débuter. À Montréal, Vanille jeune femme connectée à la Nature et avide de découvertes sur la complexité des écosystèmes, entame une course contre la montre pour se rendre sur place. Avec cet espoir secret d’y retrouver Greg, ami d’enfance qui le long du fleuve Saint-Laurent près de Tadoussac lui avait fait vivre un moment hors du temps : l’observation du saut d’une baleine à bosse…
20 ans plus tard c’est donc au milieu de nulle part que les deux amis se retrouvent. 2 bateaux-chasseur et un bateau-usine entament un lugubre périple pour débusquer le dernier spécimen. Une frêle embarcation de 3 activistes environnementalistes est également sur l’eau. Héroïque.
LA DERNIERE BALEINE va-t-elle mourir de sa belle mort ou sera-t-elle débitée en tranches pour satisfaire les papilles d’ humains au cœur sec, avides de luxe et d’exotisme ?
Ce récit poignant est avant tout un cri d’alarme sur la sauvegarde des baleines contre leur chasse illégale. Paul Watson fondateur de Sea Shepherd a découvert cette bande dessinée alors qu’il était encore enfermé au Groenland en novembre 2024. En préface on retrouve l’exemplaire de son message écrit de sa prison ou il appelle à respecter la Nature, message inlassablement porté depuis 1977. Un hommage pur à la résilience et un appel à agir sans jamais abandonner.
C’est aussi un récit sur l’amitié et les cicatrices que l’on porte en soi depuis l’enfance.
Montréal enveloppée d’un manteau blanc et sa nuit spectrale qui tombe, lever de soleil éclatant en haut d’une montagne. Chaque illustration regorge de tons chauds ou glacés. Le dessin stylisé préfère souvent les dégradés de couleurs vives aux décors pour poser ses arrière-plans. Très peu d’immobilisme et beaucoup de mouvements: un beluga fend les eaux, une baleine flirte avec les abysses. On sait que le temps presse, et l’émotion est palpable.
Aventure initiatique, dénonciation de la destruction des écosystèmes marins, préface exceptionnelle, questionnement sur la cruauté humaine, exploration du lien sacré qui unit l’homme et la nature. L’auteur puise dans ses voyages et dans sa sensibilité écologique tout le matériau pour offrir au lecteur un périple entre espoir et (des)espoirs. Le style saisissant interroge sur la fragilité de la vie sauvage.
De savoir ce qui est cher se raréfier sous nos yeux nous rend-il la vie plus précieuse et supportable ou au contraire plus douloureuse et dénuée de sens ? Vertigineuse question aussi intime que métaphysique: que veut dire aimer ce qui ne sera plus jamais ?
Les ÉDITIONS EVALOU reversent 1 euro à Sea Shepherd pour l’achat de l’ album. Elles poursuivent elles aussi leur mission : sensibiliser, informer et alerter petits et grands en mettant à l’honneur ceux qui font de la lutte pour la sauvegarde des espèces, le combat d’une vie pour préserver la nôtre.